Quand la journée de travail commence dans la rue
Et si le principal risque se trouvait sur le chemin du travail ?
Les accidents du travail diminuent en Belgique. Une bonne nouvelle, sans aucun doute.
Oui… mais avec quelques nuances.
Car pendant que les entreprises renforcent la sécurité dans leurs ateliers, leurs bureaux et leurs chantiers, une autre tendance, plus discrète, prend forme peu à peu. Une réalité qui débute dès que l'on ferme sa porte d'entrée le matin. Et si, aujourd'hui, le moment le plus risqué de la journée de travail ne se situait plus au travail… mais sur le trajet pour s'y rendre ?

La route, premier lieu de travail à risque ?
Les chiffres récents de Fedris sont parlants : les accidents sur le trajet domicile-travail ne font qu'augmenter. En 2024, 16 917 accidents de la route liés au travail ont été recensés. C'est plus qu'en 2023, et un niveau toujours nettement supérieur à celui d'il y a dix ans.
Faut-il y voir un paradoxe ? Pas vraiment.
La sécurité au travail s'améliore, mais notre manière de nous déplacer évolue plus rapidement que les infrastructures et les habitudes.
Et si la mobilité douce n'était pas si "douce" ?
Aujourd'hui, près de 43 % des accidents sur le trajet du travail impliquent des modes de mobilité dite « douce » : vélos, vélos électriques, speed pedelecs ou trottinettes.
Autrement dit, presque un accident sur deux.
Derrière cette évolution positive — moins de voitures, plus de mobilité durable — se cache pourtant une question essentielle : sommes-nous réellement préparés à ce changement ?
Prenons l'exemple de la trottinette électrique.
Pratique, rapide, flexible… mais à quel prix ?
En cinq ans, le nombre d'accidents impliquant des trottinettes a été multiplié par six. Et dans près de 80 % des cas, ces accidents entraînent une incapacité de travail.

Plus vite, mais aussi plus vulnérable ?
Le vélo — classique ou électrique — reste le moyen de transport durable le plus utilisé. En 2024, plus de 5 000 accidents ont impliqué des cyclistes, soit bien davantage qu'il y a dix ans.
Et les speed pedelecs ?
Moins fréquents, mais souvent plus graves : environ un accident sur huit entraîne des séquelles permanentes.
Alors, que se passe-t-il réellement sur nos routes ?
Contrairement aux accidents du travail « classiques » sur le lieu du travail, souvent liés à des machines ou à des situations professionnelles précises, les accidents de trajet sont plus imprévisibles : une glissade, une perte de contrôle, un obstacle mal anticipé…
Résultat : fractures, blessures multiples, chutes.
Des accidents qui surviennent en un instant — et dont la récupération peut prendre du temps.
Un problème individuel… ou collectif ?
Ces accidents surviennent principalement aux heures de pointe : entre 7 h et 9 h, puis entre 16 h et 18 h — des périodes où la circulation est la plus dense.
Mais dès lors, à qui revient la responsabilité ?
À l'employeur, qui encourage la mobilité durable ?
Aux pouvoirs publics, qui aménagent les infrastructures ?
Ou à l'usager, seul face à la circulation ?
La réalité est sans doute plus nuancée. Car ces accidents ne relèvent pas uniquement de comportements individuels. Ils reflètent une transformation plus large : celle d'une société qui change ses modes de déplacement, sans que l'environnement ne s'adapte toujours au même rythme.

